Rennes : interpellation violente pour « dissimulation du visage »

Si la sphère médiatique s’est emballée pour la vidéo privée rendue publique d’un homme politique de premier plan, à défaut d’être d’envergure, les réseaux sociaux, eux, quoi qu’on en dise, ont préféré relayer la vidéo d’un homme, frappé au sol par plusieurs policiers lors de l’Acte 66, à Rennes le 15 février dernier.

▪ Nous l’avons tous vu se faire «taper sur les doigts», place de la République, par quelques policiers motivés.
S’en sont suivis un passage à l’hôpital sous la garde de 3 policiers et une garde à vue de 17h.
Il passera au Tribunal le 8 septembre prochain pour dissimulation du visage, outrage sur 3 policiers et rébellion.
Nous l’avons contacté par téléphone pour prendre de ses nouvelles et entendre ce qu’il pensait de tout ça.

«Je ne sais pas pourquoi ils me sont tombés dessus, je n’avais rien dit, ni fait de particulier.
Le premier policier me dit : Recule !, je réponds, ouais je recule, du calme. Malheureusement je suis gêné dans mon dos par l’étagère de fleurs, je ne peux pas reculer plus ni partir en courant et là, ils me sautent dessus.»

▪ Il n’en revient toujours pas, ce n’est pas sa première manifestation mais c’est la première fois que ça se termine aussi mal pour lui.
Ce n’est pourtant pas un violent Jacky, il est bûcheron, patron de sa petite entreprise d’élagage. Il a 49 ans, ce n’est ni un inconscient, ni un abruti, c’est un père de famille comme tant d’autres et qui a rejoint les Gilets Jaunes, comme tant d’autres, parce que «ça tourne pas rond».
Parce que les charges d’une petite entreprise sont très lourdes, parce que le travail fourni ne suffit jamais, parce qu’il y a toujours plus de trucs à payer, l’augmentation sur le carburant est la goutte de trop, comme pour tant d’autres.

Sculpture réalisée par Jacky

Une année sur les ronds-points et dans les manifestations où il partage son ras-le-bol, discute, s’informe et se conscientise, il retrouve cet espoir qu’une autre vie est possible, plus juste, plus équitable.
Une année sur les ronds-points et les manifestation sans souci majeur pour en arriver à ce tabassage, même pas en règle.

 

Il nous dit ce qu’il pense des chefs d’inculpation.
« En ce qui concerne la dissimulation du visage, je n’ai pas de masque, pas même un foulard, juste mon tee-shirt relevé jusqu’au nez pour me protéger des gaz lacrymogènes» (qui venaient juste de se dissiper ndr)

«Pour l’outrage, il m’est reproché d’avoir dit aux policiers «Bande de fils de putes», je conteste fermement avoir utilisé ces termes, ce n’est pas mon langage, je reconnais par contre avoir dit «j’ai des problèmes d’épaule, bande de connards» alors que j’étais au sol et qu’ils essayaient de faire passer mon bras derrière mon dos pour me passer les pinces.»

Oui parce qu’en plus de les outrager, il les a également blessés ces trois policiers qui, selon le Sicop*, ont reçu une ITT d’un jour chacun.

Quant à l’accusation de rébellion, il se débat «par réflexe», parce qu’il est surpris, qu’ il n’a pas le temps de comprendre ce qui lui arrive et parce qu’il a mal.

Toujours est-il que s’il n’y avait pas eu ce tabassage, il n’y aurait ni outrage, ni rébellion, la question qui se pose donc est : une «dissimulation du visage» mérite-t-elle cette «punition»?

Les policiers arguent du fait qu’ils venaient d’être la cible de jets d’oeufs et de canettes et qu’ils l’avaient vu participer.
Ce à quoi Jacky répond que c’est impossible du fait justement de ses problèmes à l’épaule, n’oublions pas qu’il est bûcheron, encore un métier où la pénibilité est un concept indésirable selon notre Président.
Ce qui ne m’empêche pas de réitérer la question : cela méritait-il un tel traitement ?

Parce qu’il y a ce que l’on voit, ce qui a pu être filmé mais il y a aussi ce qui est caché par les autres policiers venus faire écran pour gêner les prises de vue.
On voit qu’un policier lui tape le visage contre le sol, une fois.
Jacky se souvient d’au moins deux fois, il se souvient aussi avoir été étranglé, ce que nous ne pouvons pas voir, vu l’angle des vidéos dont nous disposons. D’ailleurs si quelqu’un possède une autre prise de vue qui permettrait d’en savoir d’avantage, elle lui serait très utile pour la préparation de sa défense.

 

Le bilan de cette opération rondement menée est une oreille arrachée, un tibia troué et de multiples hématomes et tuméfactions.
Jacky se souvient avoir senti les doigts du policier dans son oreille, il se souvient de la sensation de traction vers le bas, il se souvient avoir entendu un craquement mais aucune douleur sur le moment.
Juste la conscience que le sang coule une fois qu’il sera assis dans le fourgon qui le conduit au commissariat où le médecin l’enverra directement à l’hôpital avant son audition.
Hôpital où on lui fait donc 3 points de suture derrière l’oreille, 2 points sur le tibia où un trou s’est formé suite à l’éclatement des chairs (on a bien vu sur la vidéo les policiers lui piétiner les chevilles), le médecin constate également les multiples hématomes et tuméfactions sur la main, l’épaule et le bras.

 

▪ Jacky va donc prendre un peu de repos, prendre ses antibios, re-prendre des forces, il espère bien être à Paris le 14 mars.
Et pour cette arrestation musclée, il ne compte pas en rester là : rendez-vous le 8 septembre 2020 !

Et là je me dis, tout ça pour ça et je pose une dernière fois la question, que je formule autrement pour ceux qui n’auraient pas compris : Ce passage à tabac est-il une réponse proportionnée au délit de «dissimulation» du visage ?
Dissimulation que j’écris bien entre guillemets parce qu’il ne s’agit pas ici de dispositif spécifique destiné à dissimuler réellement un visage ou une identité tel qu’en porte le black bloc, on ne parle même pas d’une écharpe ou d’un foulard, juste d’un tee-shirt remonté sur le nez, la belle affaire !

*(Service d’Information et de Communication de la Police)

 

Vidéo du 15 février 2020 Rennes

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